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03/08/2014

Un souvenir

Nous avons tous deux beaucoup bu, et nous voilà l'un en face de l'autre, dans un recoin de ce bar pierreux, crasseux. Nous ne sommes pas seuls mais c'est tout comme. Tes yeux brillent. Me trouves-tu belle, essaies-tu de te raisonner, imagines-tu tes lèvres sur ma nuque, tes mains sur ma taille ? Dans l'ambiance électrique je voudrais t'emmener au loin, te dire : chut, verrouiller mes mains dans ton dos, picorer ta bouche, picorer ton corps, me déclarer enfin. Tes pupilles se dilatent, regards encore. Mon cœur ne bat pas, mes oreilles n'entendent pas. J'observe juste tes lèvres, ton sourire narquois et étonné, et j'espère que tu te donnes simplement une contenance, que ta bouche ne se moque pas. Je me sens mal, je ne sais plus, je ne sais pas, ces sensations sont trop pour moi. Alors je me détourne, chancelante, ivre de tout. Je repars au milieu du bruit et des lumières, je brise la magie de cet instant déjà loin. Mais, si longtemps plus tard, j'en rêve encore parfois. Ça et frôler ta main dans le noir, sur la plage, t'abandonner la mienne, sentir que tu ne te détourneras pas.
Penses-tu parfois à moi, chinny boy ?

10/02/2014

Saint-Valentin, romantisme et kebab à emporter

Vendredi, c'est la Saint-Valentin. Si vous me connaissez un peu, si vous me voyez pester sur twitter contre tout ce qui est bien calibré et entrave à la longue nos élans de spontanéité, vous devez vous douter que ce n'est pas une fête que j'affectionne particulièrement. J'aime l'idée de se rappeler qu'on s'aime par de petites attentions toutes simples. Je n'ai rien spécialement contre le fait de choisir un jour précis pour le faire. Après tout, c'est vrai, puisqu'on peut se dire JE T'AIME tous les jours, pourquoi pas aussi celui-là ? Quand on n'a pas le temps, on a si tôt fait de négliger ce qu'on croit acquis... Non, ce qui me gêne dans la Saint-Valentin, c'est son côté convenu et rose bonbon : elle véhicule un romantisme unique, le même pour tous, qui ne me ressemble pas (et je ne parlerai pas de capitalisme aujourd'hui même si je dois avouer que j'en meurs d'envie). 
Et je déplore que beaucoup de couples à qui ça ne convient pas se forcent à rentrer dans ce moule, non seulement un jour par an, mais aussi bien souvent pour tout ce qu'ils ont à fêter à deux. Alors aux gens qui, comme moi, ne veulent pas renoncer à la Saint-Valentin mais ne se reconnaissent pas dans l'imagerie collective du romantisme, je veux proposer autre chose que nuisettes, restaurants chics et lumières tamisées. Au fond, ce serait bête de se priver de ce burger dont vous avez tous les deux envie parce qu'il est socialement plus accepté de vous partager du tourteau. 

Mon romantisme à moi, c'est commander une pizza et la manger à moitié nu-e-s devant un film qu'on avait vraiment envie de voir ensemble. Se dire qu'on s'aime dans des moments inattendus. Se taquiner l'un l'autre à longueur de journée. Rentrer à la maison avec un paquet de ses bonbons préférés juste pour lui faire plaisir. Dessiner un sourire sur le miroir pour qu'il/elle le voie avec la buée de la douche. Se ménager du temps à deux. S'envoyer des photos débiles, juste comme ça. Trouver un nom drôle pour votre futur chat. 
C'est avoir écrit JE T'AIME en majuscule dans un article pour que la personne qu'on aime le lise comme un message personnel et sourie.

Je ne vois pas le romantisme comme autre chose qu'un large sourire, une lueur qu'on fait naître dans les yeux de celui ou celle qu'on aime, un élan de complicité, un éclat de rire surtout.
Mon romantisme à moi c'est un fou rire au milieu d'une bataille d'oreillers.


Quelle que soit votre conception du romantisme, l'important, c'est de vous sentir libres de la vivre. Alors je croise les doigts très fort pour qu'aucune Saint-Valentin, aucune conception prémâchée de ce que doit être un couple ne vous en empêche !






P.S : Bien sûr je n'ai aucun problème avec ceux et celles qui se sentent en accord avec la définition actuelle du romantisme, les chanceux ! Profitez-en d'autant plus ;)

08/12/2013

Ode à la spontanéité

ISMENE : Ecoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée. Je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée. Je réfléchis. 



Le tournis. Le tournis en face de ces yeux verts. Trop de pensées s'entrechoquent. La ligne du temps se brise. Mon coeur bat. Mesures irrégulières. Drôle de valse ! A quel moment ai-je pris sa main ? Je n'arrive pas à me souvenir, encore moins à me défaire de l'impression d'étrangeté de ce moment. Elle me sourit. Je pense trop, mince, je pense trop. Arrête. Arrête de penser. Qu'est-ce que je dois faire, merde ? J'ai tellement envie de poser mes lèvres sur les siennes, elle est si belle, résister est une torture. Je suis attiré, aimanté. Complètement paumé. 
Il y aura des conséquences, des conséquences de conséquences, le bazar dans ma vie déjà pas simple. Ma tête me dit, dors maintenant. Oui mais ma tête est en train de démissionner, et je ne sais pas du tout quoi faire. Elle me regarde, l'air grave ; elle a dû s'apercevoir de mon désarroi. Je crois qu'elle comprend ce qui se joue à l'intérieur de mon crâne. Ses yeux s'attardent sur chaque partie de mon visage. Je crois que je vais l'embrasser. Je ne devrais pas. Pas dans ma situation. Non, je ne devrais pas. Mais... Arrête de penser. Agis. 
Je la regarde me regarder. Elle a l'air de me trouver beau. Je crois que c'est comme ça que j'ai toujours voulu qu'une femme me regarde. Arrête ça, tu te fais du mal. Tu as trop réfléchi pour l'embrasser, maintenant, et elle ne le fera pas. Mais cette main sous la mienne, cette main qui ne se dérobe pas, cette petite main si sûre de vouloir rester... J'espère à présent. Je ne peux plus agir, mais je peux espérer. La main s'en va, mes doigts se referment sur le vide. Tristesse. Je ferme les yeux, je me dis qu'il faut que je dorme, que la magie de l'instant est rompue par ma faute. Et soudain ce contact sur ma joue. Cette paume sur mon visage. Elle regarde mes yeux ; elle regarde mes lèvres. Mes yeux ; mes lèvres. Elle s'approche. Elle sourit encore. Je ferme les yeux. Ses lèvres... Drôle de valse. 



ANTIGONE : Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.